Main menu

Pages

L'Algérie parmi les 4 pays qui captent 84 % des gains énergétiques de l'Afrique

L'Algérie parmi les 4 pays qui captent 84 % des gains énergétiques de l'Afrique



L'Algérie figure, aux côtés du Nigeria, de l'Angola et de la Libye, parmi les quatre plus grands bénéficiaires africains de la flambée des prix du pétrole et du gaz provoquée par la crise du détroit d'Ormuz. Une étude internationale révèle que ces quatre pays ont capté à eux seuls 84 % des gains enregistrés par les exportateurs africains d'énergie entre mars et août 2026.


Une étude internationale récente place l'Algérie parmi les quatre principaux bénéficiaires africains de la hausse des prix du pétrole et du gaz consécutive à la crise du détroit d'Ormuz. Avec le Nigeria, l'Angola et la Libye, le pays a généré des revenus supplémentaires cumulés de 18,1 milliards de dollars entre mars et août 2026 — soit environ 84 % des gains enregistrés par l'ensemble des pays africains exportateurs d'énergie sur la période.


Les chiffres clés

  • 18,1 milliards de dollars : gains cumulés de l'Algérie, du Nigeria, de l'Angola et de la Libye (mars–août 2026)
  • 21,6 milliards de dollars : revenus supplémentaires totaux pour les neuf pays africains exportateurs
  • 54,01 milliards de m³ : production algérienne de gaz naturel au premier semestre 2026 (+4,2 %)
  • 34,7 % : part de l'Algérie dans les importations gazières de l'Italie via le gazoduc Transmed
  • 21,9 milliards de dollars : surcoût supporté par 32 pays africains importateurs d'énergie
  • 60 milliards de dollars : plan d'investissement de Sonatrach en exploration-production pour 2026-2030

L'étude du CREA : neuf pays africains profitent du choc des prix

Le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA) a révélé, dans un rapport publié le 26 août 2026, que neuf pays africains exportateurs de combustibles fossiles ont engrangé 21,6 milliards de dollars de revenus supplémentaires. Ce gain résulte de la hausse des prix réels au-dessus des niveaux anticipés par les marchés à terme avant le déclenchement de la guerre contre l'Iran et la perturbation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz.


L'Algérie et les trois autres pays cités ont capté 18,1 milliards de dollars de ce total, tandis que les cinq autres pays exportateurs se sont partagé seulement 3,5 milliards de dollars. Cette concentration confirme le poids que l'Algérie occupe désormais sur le marché énergétique africain, appuyée sur des exportations diversifiées — pétrole brut, produits raffinés, gaz naturel liquéfié — ainsi que sur un réseau de gazoducs reliant directement ses champs aux marchés européens.


Le rapport ne fournit pas de classement individuel entre les quatre bénéficiaires, à l'exception du Nigeria dont les gains sont chiffrés à 7,5 milliards de dollars. En soustrayant ce montant du total collectif, l'Algérie, l'Angola et la Libye auraient généré ensemble environ 10,6 milliards de dollars, sans que les données publiées permettent de répartir ce montant entre les trois pays.


Mais l'impact économique réel pour l'Algérie ne se limite pas au chiffre calculé par le CREA. Le choc des prix mondiaux a coïncidé avec une hausse effective de la production gazière algérienne et une expansion des volumes exportés durant le premier semestre 2026.


La production gazière algérienne au plus haut depuis 3 ans

La production algérienne de gaz naturel a atteint 54,01 milliards de m³ sur les six premiers mois de 2026, contre 51,81 milliards de m³ sur la même période en 2025 — une hausse annuelle de 2,2 milliards de m³ (+4,2 %). Il s'agit du niveau le plus élevé enregistré sur un premier semestre depuis 2023, année où la production avait atteint 54,72 milliards de m³, selon les données de l'initiative conjointe de données sur l'énergie (JODI), relayées par l'unité de recherche énergétique.


Côté exportations, les volumes algériens acheminés par gazoduc et sous forme de GNL ont progressé à 23,97 milliards de m³ au premier semestre 2026, contre 23,40 milliards de m³ un an plus tôt, soit une hausse de 570 millions de m³ (+2,4 %).


Les exportations de gaz naturel liquéfié seules ont totalisé 4,47 millions de tonnes (environ 6,1 milliards de m³), en recul de 6,5 % en raison d'opérations de maintenance ayant affecté certaines installations de liquéfaction. En calculant l'écart entre le total des exportations gazières et les expéditions de GNL, les volumes commercialisés principalement par gazoduc auraient atteint près de 17,87 milliards de m³ sur la période.


Cette répartition révèle qu'environ les trois quarts des exportations gazières algériennes ont transité par gazoduc, contre un quart seulement sous forme de GNL. Cette proportion revêt une importance directe dans la lecture des résultats du CREA, le centre ayant mesuré uniquement les expéditions maritimes, sans inclure le gaz transporté par gazoduc dans ses calculs.


L'estimation publiée capte ainsi le bénéfice tiré par l'Algérie de la hausse des prix de ses exportations maritimes — pétrole, produits pétroliers et GNL — tandis que l'effet de la hausse des prix du gaz européen sur les flux algériens via Transmed et Medgaz reste hors du champ du calcul. Cela ne signifie pas automatiquement que l'ajout des revenus gaziers acheminés par gazoduc relèverait le résultat dans les mêmes proportions, les contrats gaziers différant selon leur durée, leurs formules de tarification et leur degré d'indexation aux indices spot. Mais cela montre que la base exportatrice algérienne concernée par le choc des prix est plus large que le périmètre couvert par l'étude.


L'Algérie renforce sa part sur le marché gazier italien

Les données du marché italien confortent cette lecture. Les approvisionnements en gaz en provenance d'Algérie via le point de Mazara del Vallo, relié au gazoduc Transmed, ont progressé de 4,3 % au premier semestre 2026. Les flux ont atteint environ 11,4 milliards de m³, soit 34,7 % de la demande gazière italienne sur la période — faisant de l'Algérie le premier fournisseur de l'Italie par gazoduc.


Cette évolution prend d'autant plus de sens que la demande italienne n'a progressé que de 0,2 %, se stabilisant à 32,9 milliards de m³, tandis que les importations totales du pays ont reculé de 0,6 %. La hausse des ventes algériennes n'est donc pas le résultat d'une expansion générale du marché italien, mais est intervenue alors même que les importations globales se contractaient — ce qui a mécaniquement relevé la part algérienne et renforcé la position de Transmed dans le dispositif d'approvisionnement italien.


En juin seul, les exportations algériennes de gaz par gazoduc ont atteint 3,06 milliards de m³, contre 2,95 milliards de m³ en juin 2025. À l'inverse, les exportations de GNL ont reculé le même mois à 899 millions de m³, contre un milliard de m³ un an plus tôt.


Le deuxième trimestre a enregistré des expéditions de GNL de 2,43 millions de tonnes, contre 2,04 millions de tonnes au premier trimestre. Les exportations ont toutefois de nouveau chuté en juillet, à 495 000 tonnes — le troisième niveau mensuel le plus bas depuis au moins 2013, après 389 000 tonnes en janvier 2025 et 440 000 tonnes en janvier 2026.


L'Algérie a donc bénéficié du choc des prix à un moment où ses exportations par gazoduc affichaient une croissance, tandis que sa capacité à maximiser les revenus du GNL restait temporairement limitée par la baisse des expéditions et les opérations de maintenance des installations de liquéfaction. L'impact de la crise sur les revenus algériens résulte ainsi de l'interaction entre les prix mondiaux et les volumes d'exportation effectifs, et non de la seule hausse des prix.


La hausse de la production pétrolière élargit la base de gains

Sur le marché pétrolier, les mois couverts par l'étude ont coïncidé avec des ajustements progressifs de la production algérienne au sein de l'alliance OPEP+. L'Algérie et six autres pays ont décidé de relever la production collective de 188 000 barils par jour à partir d'août, avant l'adoption d'une hausse similaire pour septembre.


Selon le calendrier d'août, le niveau de production ciblé pour l'Algérie a augmenté d'environ 6 000 barils par jour, pour atteindre 1,001 million de barils par jour. La combinaison d'une hausse limitée des volumes et d'une flambée des prix offre une opportunité d'améliorer la valeur globale des exportations pétrolières, le rendement effectif restant toutefois lié au respect des quotas, à la qualité du brut, aux écarts de tarification et au calendrier de chargement des cargaisons.


L'étude du CREA montre que le pétrole brut a constitué la plus grande source de surcoût au niveau mondial, ajoutant 164,1 milliards de dollars aux factures des importateurs en six mois. Le diesel et le gazole arrivent en deuxième position avec 73,8 milliards de dollars, suivis du GNL des bassins atlantique et pacifique (38 milliards de dollars), de l'essence (35,7 milliards de dollars) et du kérosène (20 milliards de dollars).


Par rapport aux prévisions d'avant-guerre, le prix moyen du pétrole brut a bondi de 35 %, tandis que le GNL du bassin atlantique — dont relèvent les exportations algériennes vers l'Europe — a progressé d'environ 60 %, contre 75 % pour le GNL asiatique et 59 % pour le diesel.


Avec une activité couvrant le pétrole brut, le GNL et les produits raffinés, le choc des prix a concerné plusieurs composantes du portefeuille exportateur algérien. Le revenu supplémentaire calculé par le rapport demeure toutefois un revenu d'exportation brut, et non un bénéfice net pour Sonatrach ni une recette finale pour le Trésor : le résultat financier dépend des coûts de production, de traitement et de transport, des formules contractuelles, des parts des partenaires, du régime fiscal et de l'évolution de la consommation intérieure.


La consommation intérieure pèse sur les volumes exportables

La consommation de gaz en Algérie a augmenté de 6,3 % au premier semestre, passant de 26,81 milliards de m³ en 2025 à 28,49 milliards de m³ en 2026, absorbant environ 53 % de la production. Cela reflète la pression persistante exercée par la demande intérieure — notamment la production d'électricité — sur les quantités disponibles à l'exportation.


La consolidation des gains mis en évidence par l'étude dépend donc de la capacité de l'Algérie à augmenter sa production à un rythme supérieur à la croissance de la consommation intérieure. Sonatrach a ainsi consacré 75 % de son programme d'investissement 2026-2030, estimé à environ 60 milliards de dollars, aux activités d'exploration-production, dans l'objectif de renouveler les réserves, développer les gisements et accroître les approvisionnements.


L'Agence nationale de valorisation des ressources en hydrocarbures a par ailleurs mis en appel d'offres sept blocs d'exploration-développement dans le cadre de l'Algeria Bid Round 2026, dans les bassins de Ouargla, Illizi, Touggourt et El Bayadh. Les offres doivent être déposées le 26 novembre 2026, avec signature des contrats au plus tard le 31 janvier 2027. Ce cycle fait suite au round de 2024, conclu par l'attribution de cinq blocs et la signature de contrats d'investissement d'exploration-développement initiaux de 606 millions de dollars.


S'y ajoutent le contrat de partage de production signé avec le groupe saoudien Midad Energy, d'une valeur proche de 5,4 milliards de dollars, pour développer le périmètre d'Illizi Sud, ainsi que le contrat entre Sonatrach et le chinois Sinopec, estimé à environ 850 millions de dollars. Ces investissements visent à élargir la base de production permettant à l'Algérie de transformer une hausse conjoncturelle des prix en capacité d'exportation durable.


32 pays africains supportent un surcoût de 21,9 milliards de dollars

Au niveau continental, le rapport met en évidence un revers de la médaille. Sur les 41 pays africains analysés, 32 ont supporté un surcoût cumulé de 21,9 milliards de dollars — un montant proche des 21,6 milliards de dollars de revenus supplémentaires captés par les neuf pays exportateurs. L'Égypte arrive en tête des pays impactés avec 5,2 milliards de dollars, suivie de l'Afrique du Sud (3,5 milliards) et du Maroc (2,2 milliards de dollars).


À l'échelle mondiale, les pays importateurs ont déboursé 330 milliards de dollars supplémentaires pour leurs cargaisons de pétrole, de produits pétroliers et de GNL entre mars et août, soit une moyenne mensuelle de 55,3 milliards de dollars. L'Union européenne a supporté le coût total le plus élevé, à 78 milliards de dollars, devant la Chine (35 milliards) et l'Inde (22 milliards).


Pour la période de mars à juillet, le centre s'est appuyé sur les cargaisons effectivement arrivées, d'après les données de suivi maritime de Kpler, tandis que l'activité du mois d'août a été estimée en raison de données incomplètes à la clôture de l'étude. Les prix réels ont par ailleurs été comparés aux courbes des contrats à terme enregistrées entre le 16 et le 27 février 2026 — les douze jours précédant le début des frappes — afin d'isoler l'effet de la crise des tendances saisonnières déjà intégrées par les marchés.


Les gazoducs algériens contournent l'étranglement du détroit d'Ormuz

Ces éléments dessinent une image plus nette de la position de l'Algérie au sein des bouleversements provoqués par la crise d'Ormuz. Le pays n'a pas seulement profité de la hausse des prix : il est entré dans la crise avec une production gazière en hausse, des exportations globales élevées, une part de marché renforcée en Italie et un réseau de gazoducs qui ne transite pas par le détroit — autant d'atouts lui ayant permis de maintenir ses approvisionnements sans subir directement l'étranglement qui a affecté les exportations du Golfe.


La valeur économique la plus durable ne réside toutefois pas dans la seule prime sur les prix, mais dans l'augmentation des quantités disponibles à l'exportation, l'amélioration de la disponibilité des installations de GNL, le maintien des flux par gazoduc et l'élargissement de la production pétrolière et gazière issue des nouveaux blocs. En combinant ces éléments, il apparaît que l'Algérie a compté parmi les principaux bénéficiaires de la reconfiguration des prix de l'énergie, sa structure exportatrice diversifiée lui conférant une position qui dépasse le seul périmètre des gains maritimes comptabilisés par le rapport du CREA.


Questions fréquentes

Quels ont été les gains de l'Algérie liés à la hausse des prix de l'énergie en 2026 ? Le rapport du CREA ne fournit pas de chiffre individuel pour l'Algérie, mais montre que l'Algérie, le Nigeria, l'Angola et la Libye ont généré ensemble 18,1 milliards de dollars entre mars et août 2026. En déduisant la part du Nigeria (7,5 milliards de dollars), l'Algérie, l'Angola et la Libye se partagent environ 10,6 milliards de dollars, sans répartition détaillée disponible.

Pourquoi le rapport du CREA n'inclut-il pas les exportations de gaz algérien par gazoduc ? Parce que le centre a basé sa méthodologie sur les données de suivi des expéditions maritimes via la plateforme Kpler, alors qu'environ les trois quarts du gaz algérien sont exportés par gazoduc (Transmed, Medgaz). L'impact réel sur les revenus algériens est donc plus large que le chiffre publié.

Quelle est la part de l'Algérie dans l'approvisionnement gazier de l'Italie ? L'Algérie a fourni 34,7 % de la demande gazière italienne au premier semestre 2026, via le gazoduc Transmed, ce qui en fait le premier fournisseur de gaz de l'Italie par gazoduc.

Ces gains algériens sont-ils durables ? Leur pérennité dépend de la capacité de l'Algérie à augmenter sa production plus vite que sa consommation intérieure, laquelle a absorbé 53 % de la production gazière au premier semestre 2026. Sonatrach mise sur un plan d'investissement de 60 milliards de dollars pour 2026-2030 afin d'y parvenir.



Sources : Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (CREA), Joint Organisations Data Initiative (JODI), données de suivi maritime Kpler, Agence nationale de valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft).

Commentaires